3256 Intervention lors de l’Europride 2013 | Connaitre ce qu'est la transidentité !

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Connaitre ce qu'est la transidentité !
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Non classé | 03.03.2014 - 23 h 32 | 0 COMMENTAIRES
Intervention lors de l’Europride 2013

Introduction : invitée par l’organisation de l’Europride à parler identité de genre, j’ai développé la présentation suivante. Suite à des commentaires sur mon article précédent demandant de sensibiliser aux questions trans mais aussi à des commentaires considérant qu’il faudrait dissocier les acronymes LGBTIQ, il me semble important que les lecteurs de Yagg lisent ce qu’est être une approche (succincte) politique de l’identité de genre et en quoi elle nous concerne touTEs.

Principes de Jogjakarta,

 »Droits de l’homme et identité de genre » de M . Thomas HAMMARBERG

et Apartheid du genre

(Delphine Philbert)

A) Présentation du sujet :

En ce 13 juillet 2013, l’Europride 2013 ouvre grand ses portes à la question des transidentités, question mal connue et pourtant si importante au delà de la simple question trans.

En effet, qui connaît réellement ce qu’est l’identité de genre ? Qui connaît réellement l’importance des droits humains appliqués à l’identité de genre ?

L’Europride, qui se doit d’être lieu de revendications hors des chemins battus, a accepté que soit abordé l’apartheid du genre au travers de la présentation concise des Principes de Jogjakarta (1) et du document  »Droits de l’homme et identité de genre »(2) de M. Thomas HAMMARBERG.

Il est, en effet, fondamental de comprendre que l’apartheid du genre est LA cause de discrimination majeure responsable de celles liées aux étiquettes (homme, femme, hétéro, homo, bi… ) tout comme il est fondamental de comprendre que l’identité de genre concerne l’ensemble de la population, soumise à une norme imposée (norme qui consiste à définir un homme ou une femme selon son sexe génital de naissance).

Enfin, il est tout aussi fondamental de comprendre l’importance de la dépathologisation de nos identités trans par un arrêt des normalisations via les obligations de traitement médical et/ou chirurgical, ce qui se traduit par le fait de mettre le droit au dessus du médical car le corps médical agit sans respecter l’égalité des droits humains.

B) Principes de Jogjakarta :

Ces Principes écrits en 2006 par des juristes et des personnes luttant pour les Droits Humains devraient être lus par toute personne disant lutter pour l’égalité des Droits.

Il s’agit du premier texte mentionnant de façon officielle l’identité de genre et la définissant.

Définition de l’identité de genre :

L’identité de genre est comprise comme faisant référence à l’expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris la conscience personnelle du corps (qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autres) et d’autres expressions du genre, y compris l’habillement, le discours et les manières de se conduire »

En gras l’élément essentiel de cette définition qui démontre l’universalité de son application et traduit la diversité des expressions des identités de genre, diversité qui concerne les 7 milliards d’individus qui peuplent la planète à ce jour. Nous pouvons en conclure qu’il existe autant d’identité de genre que d’individus sur terre.

De ce seul élément, deux questions fondamentales se posent : qu’est un homme ? Qu’est ‘une femme ?

Chaque individu a sa propre définition qui est différente à celle de son voisin.

La deuxième partie de cette définition renforce cette notion d’extrême diversité des identités de genre.

En effet, chaque individu exprime son identité de genre différemment de celle de son voisin via son habillement, son discours et ses manières de se conduire. Ce qui permet d’arriver à la conclusion que toute la population de cette planète porte l’étiquette trans, puisqu’être trans consiste à exprimer son identité de genre.

Quelques exemples en utilisant les étiquettes habituellement usitées :

1) une lesbienne butch exprime son identité de genre en  »masculinisant » son apparence.

2) un gay bear exprime son identité de genre en arborant sa pilosité

3) une femme hétéro habillée en  »homme » exprime elle aussi, via son habillement, son identité de genre.

4) Une femme choisissant d’effectuer une implantation mammaire (ou une réduction mammaire) exprime elle aussi son identité de genre puisqu’elle effectue  »si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autres »

En fait, rien qu’en regardant autour de soi, chaque être humain exprime sa propre identité de genre et, si vous désirez appliquer des étiquettes, vous pouvez dire que tout le monde est  »trans » !

Concernant ces Principes de Jogjakarta, il est important de saisir qu’aucun pays au monde ne les applique.

Et, contrairement à ce qui est régulièrement dit, l’Argentine elle-même ne les applique nullement au travers de sa loi sur l’Identité de Genre. En effet, cette loi maintient un choix binaire obligatoire, puisque elle autorise seulement un changement d’état civil selon un choix restrictif : homme ou femme.

L’apartheid du genre est maintenu.

C)  »Droits de l’homme et identité de genre » :

Le document  »Droits de l’homme et identité de genre » a été écrit en 2009 par M. Thomas HAMMARBERG, alors Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe qui avait deux priorités : la lutte contre les discriminations touchant les Roms et la lutte contre les discriminations touchant les Trans.

Ce document fondamental est le premier texte réellement politique établi sur la mise en application des Principes de Jogjakarta. Il a été rédigé après de multiples rencontres avec des associations trans, avec des trans mais aussi en confrontant la réalité des discriminations subies aux diverses législations (ou absence de législation) des différents pays faisant partis du Conseil de l’Europe.*

Ce document comporte 12 recommandations aux États Membres du Conseil de l’Europe afin que cessent les discriminations.

La première recommandation est fondamentale, les 11 autres ne sont que la suite logique de la première :

Mettre en œuvre les normes internationales des droits de l’homme sans distinction et interdire expressément la discrimination fondée sur l’identité de genre dans la législation nationale antidiscrimination. Cette mise en œuvre au niveau national devrait s’inspirer des principes de Yogyakarta sur l’application de la législation internationale des droits humains en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre‘.

Ce bref résumé des Principes de Jogjakarta et du travail de M. HAMMARBARG ouvre la porte à :

1) ma première polémique : quand un gouvernement (tel le gouvernement français actuel mais aussi le gouvernement précédent) ou des associations LGB ou T parlent de créer (ou de participer à) un  »groupe de travail » en vu de lutter contre les discriminations liées à l’identité de genre, il est évident qu’il ne s’agit que d’enterrer la question et d’éteindre toute volonté politique de réaliser l’égalité des Droits. En effet, ce travail de groupe a déjà été largement réalisé lors de la rédaction des Principes de Jogjakarta et du document  »Droits de l’homme et identité de genre » !

2) La notion fondamentale que le besoin d’aide médicale des personnes trans est la conséquence de la violence de la discrimination liée à l’apartheid du genre. (NDLR : lire mon article «Transidentité: pourquoi l’État doit réparation»)

D) Apartheid du genre :

La base de cet apartheid est le diktat politique qui veut que  »le sexe fait le genre » : un pénis et vous êtes un homme, un vagin et vous êtes une femme.

Ce diktat engendre la différence artificielle, politiquement entretenue et considérée comme fondamentale et inaltérable, entre les hommes et les femme. Tout comme l’apartheid raciste, lui aussi politique, veut/voulait qu’existe une différence considérée comme fondamentale et inviolable entre les blancs et les personnes colorées ( »White only » et  »colored only »!).

Cet apartheid du genre, comme l’apartheid raciste, est construit sur sur des bases essentialistes et sur le patriarcat.

Cette non reconnaissance de l’identité de genre via l’apartheid du genre, arrange les forces politiques et religieuses leur assurant la main mise sur le pouvoir.

Ce qui se traduit, entre autre, par l’idée d’une  »Théorie du genre » et d’un complot visant à détruire la société ! Pourtant nous ne sommes nullement une  »théorie », nous sommes bien réelLEs. L’autre résultante est la volonté politique d’enterrer la question via les groupes de travail.

Il est important de comprendre que cet apartheid du genre est :

1) la cause des besoins de transition pour les personnes étiquetées trans. Une violence identique à celle qui forcerait un humain de couleur à vouloir devenir blanc afin de pouvoir vivre !

2) la cause des discriminations de tous les LGBI mais aussi des femmes.

3) À l’origine de l’idée de minorités.

Ma deuxième polémique découle de cette brève réflexion sur l’apartheid du genre :

se cantonner à des revendications archaïques tel un changement d’état civil avec plus ou moins de judiciarisation comme le demandent tant d’associations LGB et T ou le proposent des députéEs, applaudir lors de l’introduction d’une notion non fondée juridiquement appelée  »identité sexuelle » dans la loi sur le harcèlement sexuel en juillet 2012 en disant haut et fort que la transphobie est enfin reconnue (voir les commentaires de HES et d’autres associations LGB et T de cette période), promouvoir une loi sur la transidentité ce qui ne ferait que cantonner l’identité de genre à une petite partie de la population humaine… tout cela concoure à renforcer l’apartheid du genre.

Ma troisième polémique est aussi liée à cet apartheid du genre car le communautarisme trans et le refus de nombre de trans de considérer que des non trans puissent s’exprimer sur la question de l’identité de genre traduit une incompréhension de ce qu’est réellement l’identité de genre et renforce l’apartheid du genre !

E) Conclusions :

Avez-vous compris ce qu’est l’identité de genre ?

Si oui, ma quatrième polémique est pour vous : vous comprenez l’absurdité de l’Europride et de ses divisions entre journées trans, journées lesbiennes sans compter d’autres manifestations communautaristes. Ces divisions artificielles ne font qu’  »adhérer à l’idéologie de l’oppresseur, [ce qui] renforce l’ignorance et la division » en créant encore plus d’étiquettes (LGBTIQ, Z, X… ).

Un exemple simple, combien y a-t-il de trans à Marseille ? Mais combien de trans FtM pédés et blacks ? L’Europride (ou toute autre manifestation) ne devrait-elle pas créer une journée intitulée  »journée d’étude sur les trans pédés et blacks de Marseille » ?

Si oui vous comprenez que tant que l’apartheid du genre existera, les discriminations liées au patriarcat persisteront : sexisme, LGBTIphobies… sans compter l’invisibilisation des étiquettes lesbiennes, trans FtM voire le mépris qu’elles et ils subissent par les autres étiquettes.

Si oui, vous comprenez qu’il faut ramener l’importance du sexe génital au même niveau que la taille des pieds ce qui se traduit par la suppression de toute mention du sexe/genre sur l’ensemble des papiers officiels. Donc, bien évidemment, pas de  »troisième sexe » tel  »X » qui ne fait que créer une étiquette discriminatoire de plus et renforce, elle aussi, l’apartheid du genre.

Si oui, vous comprenez que la reconnaissance de l’identité de genre permet à chaque individu de se définir et cela quelle que soit sa définition personnelle (homme, femme ou autre).

Si non, et ce sera ma dernière polémique, vous favorisez d’office les discriminations contre lesquelles vous dites lutter et vous en êtes les acteurs principaux ! Vous renforcez l’apartheid du genre et favorisez les forces politiques et religieuses qui nous gouvernent en s’appuyant sur cet apartheid.

Si oui, vous comprenez que la seule lutte pour en finir avec le patriarcat et les discriminations induites est la lutte pour l’abolition de l’apartheid du genre.

Un exemple simple et récent :  »le mariage pour tous », ou plutôt le mariage dit pour tous. Il s’agit d’un mariage basé sur la notion même d’apartheid du genre puisqu’il ne concerne que les mariages entre un homme et une femme, une femme et une femme ou un homme et un homme. Il exclut d’office tout individu ne désirant pas se classer dans une de ces deux étiquettes ou ne pouvant, tels les intersexes, se classer dans une de ces deux étiquettes. Si les associations LGB et T avaient compris ce qu’induit la reconnaissance de l’identité de genre (donc l’abolition de l’apartheid du genre), elles auraient avancé une seule revendication : l’application de la première recommandation d’Hammarberg avec la reconnaissance officielle de la primauté de l’identité de genre donc l’abolition de l’apartheid du genre !

Et le mariage serait devenu réellement le mariage pour touTEs puisque, sans toucher au mariage et la mention du sexe/genre disparaissant, tout être humain aurait pu se marier avec un autre être humain hors de toute étiquette.

Delphine PHILBERT

Auteure de  »Devenir celle que je suis »

Marraine et administratrice, responsable des questions d’identité de genre chez Objectif Égalité Lorraine

Membre du groupe identité de genre de SOS Homophobie (depuis, j’ai quitté ce groupe la discussion se limitant à l’obligation de dire « amen » aux responsables)

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